Eau potable : à Méry-sur-Oise, la filtration membranaire passe à la vitesse supérieure contre les PFAS

Le Syndicat des eaux d’Île-de-France (Sedif) a posé le 2 octobre la première membrane d’une nouvelle génération de filtration à l’usine de Méry-sur-Oise, dans le Val-d’Oise : un procédé hybride qui vise l’élimination de plus de 90 % des PFAS, des pesticides et des résidus de médicaments de l’eau potable distribuée.

En bref
– Première membrane nouvelle génération installée le 2 octobre 2026 à Méry-sur-Oise ; les huit files de l’usine seront remplacées d’ici fin 2027.
– Le procédé couple nanofiltration et osmose inverse basse pression, sur 100 % du débit traité.
– Objectif : plus de 90 % d’abattement des PFAS, pesticides et résidus médicamenteux, en conservant calcium et magnésium.
– Déploiement prévu ensuite à Choisy-le-Roi et Neuilly-sur-Marne d’ici 2031.

Ce que change la nouvelle génération de membranes #

Méry-sur-Oise fait figure de pionnière : l’usine filtre déjà l’eau de l’Oise sur membranes depuis 1999. Le chantier lancé début octobre remplace ses huit files par un couplage inédit de nanofiltration et d’osmose inverse basse pression, présenté par le Sedif et détaillé par Futura Sciences.

Le principe reste celui d’une barrière physique. L’eau est poussée à travers la membrane sous 4 à 7 bars : environ 85 % du débit la traverse et devient le perméat, l’eau produite. Les 15 % restants forment le refus, un concentrat qui emporte les polluants et une partie du calcaire retenus.

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La promesse technique tient dans la sélectivité : abattre micropolluants et polluants dits éternels tout en laissant passer une partie des minéraux utiles, calcium et magnésium, que l’osmose inverse classique élimine presque totalement.

Pourquoi le charbon actif ne suffit plus #

Le traitement conventionnel par charbon actif, très répandu dans les usines d’eau potable, garde de bonnes performances sur les pesticides classiques, avec jusqu’à 90 % d’abattement. Mais il montre ses limites sur les molécules les plus mobiles.

Sur les PFAS réglementés, son efficacité retombe à 35 à 45 % selon les données citées par le Sedif. Et il reste quasi inopérant sur l’acide trifluoroacétique (TFA), le plus petit des PFAS, comme sur le R471811, métabolite du fongicide chlorothalonil retrouvé dans de nombreuses ressources.

C’est tout l’enjeu du calendrier réglementaire. Depuis janvier 2026, la surveillance de 20 PFAS est obligatoire dans l’eau potable en application de la directive européenne 2020/2184, avec une limite de qualité de 0,1 microgramme par litre pour leur somme, rappelle le ministère de la Santé. « L’inaction serait coupable », justifie Richard Dell’Agnola, président du Sedif, qui dit refuser « d’attendre que les normes soient dépassées pour agir ».

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Un chantier de cinq ans pour trois usines #

Le calendrier annoncé s’étale jusqu’au début de la prochaine décennie. À Méry-sur-Oise, le remplacement des huit files membranaires doit s’achever fin 2027, l’usine restant en production pendant les travaux.

Suivront les deux autres grandes usines du syndicat, Choisy-le-Roi sur la Seine et Neuilly-sur-Marne sur la Marne, avec un déploiement progressif d’ici 2031. À terme, le procédé couvrira l’alimentation d’environ 4 millions de Franciliens desservis par le Sedif.

Le traitement de 100 % du débit constitue un choix dimensionnant. D’autres exploitants ne filtrent sur membranes qu’une fraction du flux avant remélange ; ici, toute l’eau produite passe la barrière, ce qui sécurise la qualité mais augmente les besoins énergétiques et la gestion du concentrat.

Les questions industrielles qui restent ouvertes #

La première concerne justement le refus de filtration. Concentrer les PFAS dans 15 % du débit ne les détruit pas : le devenir de ce concentrat, son éventuel traitement complémentaire ou son rejet encadré, reste un sujet technique majeur pour toute la filière membranaire.

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La deuxième porte sur les coûts d’exploitation. Une filtration sous pression sur la totalité du débit consomme davantage d’énergie qu’une filière charbon actif, et les membranes ont une durée de vie limitée qui pèse sur le coût du mètre cube.

La troisième est celle de la réplicabilité. Peu de collectivités disposent de la taille du Sedif pour amortir de tels investissements. Les retours d’exploitation de Méry-sur-Oise, premiers du genre à cette échelle, seront scrutés par les exploitants et les équipementiers de toute l’Europe.

Questions fréquentes #

Que sont les PFAS et pourquoi sont-ils surveillés dans l’eau ?

Les PFAS, substances per- et polyfluoroalkylées, sont des composés chimiques très persistants utilisés depuis des décennies dans l’industrie. Leur surveillance dans l’eau potable est obligatoire en France depuis janvier 2026, avec une limite de 0,1 µg/L pour la somme de 20 d’entre eux.

La nanofiltration élimine-t-elle tous les polluants ?

Non. Le procédé retenu vise plus de 90 % d’abattement des PFAS, pesticides et résidus médicamenteux, un niveau nettement supérieur au charbon actif, mais les polluants retenus se retrouvent concentrés dans le refus de filtration, qu’il faut ensuite gérer.

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Quand les usines du Sedif seront-elles toutes équipées ?

Méry-sur-Oise doit achever le remplacement de ses huit files fin 2027. Choisy-le-Roi et Neuilly-sur-Marne suivront progressivement d’ici 2031, selon le calendrier annoncé par le syndicat.

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