La jeune pousse lyonnaise InovaYa, qui concevait des unités compactes de traitement et de réutilisation de l’eau, ne disparaît pas tout à fait. Le 1er octobre 2026, le tribunal des activités économiques de Lyon a prononcé sa liquidation judiciaire et, dans la même décision, retenu le plan de cession présenté par Alsys, groupe industriel installé à Salindres, dans le Gard. L’opération a été rendue publique mi-octobre par La Revue EIN, puis détaillée le 19 octobre par Le Journal des Entreprises.
Pour le secteur de la filtration, l’affaire dit beaucoup de choses à la fois : la fragilité des start-up de l’eau qui doivent financer de longues phases de démonstration, et l’intérêt des industriels des membranes pour des procédés déjà éprouvés sur le terrain.
Plan de l'article
Une procédure ouverte au printemps #
Selon le Journal des Entreprises, la date de cessation des paiements d’InovaYa a été fixée au 1er avril 2026. L’entreprise a été placée en redressement judiciaire en juin, avant que le tribunal ne bascule en liquidation le 1er octobre tout en validant la reprise. L’annonce a été publiée au BODACC le 9 octobre. Le montant de la cession n’a pas été communiqué.
À lire PFAS chez Balsan à Arthon : un filtre à charbon actif à l’essai pour reprendre les rejets
Côté emploi, la reprise reste partielle. La cofondatrice et directrice générale, Justine Vidil, a indiqué que 22 salariés sont repris, sur près de cinquante, avec les bureaux, la recherche et développement et les activités. Elle a résumé la situation sans détour : « le tribunal du commerce de Lyon a prononcé la liquidation de notre entreprise », une phrase rapportée par La Revue EIN.
InovaYa, des unités de traitement « clés en main » #
Fondée en 2018 à Lyon par Khaled Al Mezayen, Guillaume Lonchamp et Justine Vidil, InovaYa s’adressait à trois types de clients : les ONG, les collectivités et les industriels. Son siège était lyonnais, avec un établissement à Chasse-sur-Rhône, en Isère. L’entreprise revendiquait les statuts d’entreprise solidaire d’utilité sociale et de jeune entreprise innovante.
Sa gamme, telle que la présente la fiche du Guide de l’eau, tenait en quatre unités :
aYa, la désinfection par ultrafiltration
Unité compacte destinée à sécuriser et désinfecter l’eau, aYa repose sur l’ultrafiltration. C’est la seule technologie de séparation explicitement nommée dans la description de la gamme. Les membranes d’ultrafiltration retiennent les particules, les bactéries et la plupart des virus par simple barrière physique, sans ajout massif de réactifs, ce qui explique leur succès dans les petites installations isolées.
À lire Ultrafiltration : Comment la séparation fine des liquides révolutionne la purification
irYs, la réutilisation des eaux usées traitées
Conteneurisée, irYs vise la réutilisation des eaux usées traitées, la fameuse REUT. C’est un marché que la France cherche à développer depuis plusieurs années pour soulager la ressource, notamment dans l’industrie agroalimentaire et pour l’irrigation.
unYo et recYf, potabiliser et sécuriser
unYo est une unité mobile conçue pour rendre l’eau propre à la consommation humaine, à partir d’eaux de surface. recYf, enfin, est pensée pour sécuriser une eau de réseau dégradée, en la clarifiant, la désinfectant et la dépolluant. Ces deux outils parlent aussi bien aux humanitaires qu’aux sites industriels confrontés à une alimentation en eau irrégulière.
En septembre 2024, InovaYa et le groupe Saur avaient par ailleurs annoncé la création d’une structure commune pour rapprocher leurs technologies de traitement de l’eau, un signe que le savoir-faire de la start-up intéressait déjà les grands opérateurs.
Alsys, un spécialiste des membranes céramiques #
Le repreneur n’arrive pas de nulle part. Alsys descend de CTI, fabricant de céramiques techniques fondé en 1990 à Salindres. Le groupe se présente aujourd’hui comme un spécialiste des technologies membranaires, de la catalyse, des matériaux avancés et du génie des procédés, appliqués à la filtration, à la purification et au traitement des fluides et de l’eau. Il revendique une présence en Asie, en Europe et en Amérique du Nord.
À lire Filtre autonettoyant : comment il révolutionne la purification de l’eau
La logique industrielle est assez lisible. InovaYa apporte des unités complètes, pensées pour l’usage et déjà déployées ; Alsys apporte des capacités de fabrication et des matériaux membranaires. Son président, François Garcia, l’a formulé ainsi auprès de La Revue EIN : « Nous souhaitons aussi accélérer l’industrialisation des technologies d’InovaYa et leur déploiement sur de nouveaux marchés. » Dans le communiqué cité par le Journal des Entreprises, il ajoute vouloir « mettre notre savoir-faire industriel et nos ressources au service des technologies développées par InovaYa ».
Le président d’InovaYa, Khaled Al Mezayen, y voit de son côté l’occasion d’« accélérer le développement et le déploiement de nos solutions », en s’appuyant sur la capacité industrielle du groupe gardois.
Ce que l’opération révèle du marché #
Le parcours d’InovaYa illustre un écueil classique des technologies de l’eau. Entre le prototype, le pilote et l’installation de référence, il s’écoule souvent plusieurs années, avec des cycles d’achat publics longs et des clients qui exigent des preuves de fiabilité avant de s’engager. Les comptes 2024 de l’entreprise ayant été déposés sous déclaration de confidentialité, il n’est pas possible de mesurer précisément l’écart entre ses ventes et ses besoins de financement.
À l’inverse, les acteurs qui maîtrisent la fabrication des membranes cherchent à remonter vers l’aval, c’est-à-dire vers le système complet livré au client. Reprendre une gamme existante, avec ses équipes de R&D, permet de gagner du temps sur la conception et de proposer des unités prêtes à l’emploi plutôt que de simples composants.
À lire Osmose inverse industrielle : comment produire une eau très pure efficacement
Pour les industriels utilisateurs de ces équipements, la question pratique est celle de la continuité : maintenance des unités déjà installées, disponibilité des modules de remplacement et suivi des garanties. La reprise des activités et d’une partie des équipes va dans le sens d’une continuité de service, mais les clients ont intérêt à se rapprocher du repreneur pour faire le point sur leurs contrats en cours.
Une filière française qui se recompose #
Cette reprise intervient dans un mois d’octobre chargé pour la filtration de l’eau, entre programmes d’investissement sur les usines d’eau potable et contrats de fourniture de membranes en Europe. La consolidation passe aussi par ce type d’opérations discrètes, où un groupe industriel régional récupère des technologies et des compétences plutôt que de les laisser se disperser.
Reste à voir comment Alsys intégrera la gamme d’InovaYa, et si les unités aYa, irYs, unYo et recYf conserveront leur nom ou seront fondues dans l’offre du groupe. Les prochains mois diront si l’industrialisation promise se traduit par de nouveaux déploiements, en France comme à l’export.




