Depuis le 1er octobre 2026, l’usine Balsan d’Arthon, dans l’Indre, n’a plus le droit de rejeter l’eau de sa station d’épuration dans la Bouzanne tant que sa teneur en PFAS n’a pas fortement baissé, et c’est un filtre à charbon actif, posé à titre d’essai, qui doit montrer qu’une sortie est possible.
Plan de l'article
Que reproche l’administration au site d’Arthon ? #
Le fabricant de moquettes est suivi de près depuis la campagne nationale de mesure des PFAS dans les rejets industriels. Le rapport de l’inspection des installations classées du 8 juillet 2024, publié sur Géorisques, rend compte d’une visite faite le 1er juillet 2024. Il note que « les rejets en Pfas du site étant notables, la mise en place d’un plan d’action a été demandée à l’exploitant ».
À lire Alsys reprend InovaYa : ce que devient la filtration lyonnaise de l’eau après la liquidation
Le même rapport rappelle le contexte : l’usage de PFAS pour protéger les moquettes « a été historiquement très important mais est en diminution conséquente depuis plusieurs années ». Et il pointe la difficulté que connaissent tous les industriels du secteur : ces molécules étant très rémanentes, leur présence dans les rejets « peut persister plusieurs années après l’arrêt de l’usage ».
Deux ans plus tard, la préfecture de l’Indre a durci le ton. Selon ICI Berry, l’arrêté signé le 1er octobre interdit « tout nouveau rejet aqueux en sortie de sa station d’épuration » jusqu’à ce que l’entreprise réduise drastiquement les PFAS. Le seuil à atteindre est de 4,4 ng/L en équivalent PFOA, un niveau que la radio locale décrit comme bien inférieur au niveau actuel.
Pourquoi le problème se trouve dans la station d’épuration #
Balsan a cessé d’utiliser le PFOS, issu d’une résine fluorée de 3M, au début des années 2000, puis toute résine fluorée en 2016 sur le site d’Arthon, d’après l’entreprise citée par ICI Berry. Le PFOS continuait pourtant de s’accumuler dans la station d’épuration de l’usine.
C’est le cas typique d’une pollution « héritée ». Les boues et les ouvrages de traitement biologique ne dégradent pas les PFAS : ils les concentrent. Une station conçue pour abattre la matière organique et l’azote laisse passer ces molécules, ou les stocke dans ses boues. L’entreprise doit donc trouver un moyen de filtrer et de retenir les PFAS déjà présents dans la station.
À lire Ultrafiltration : Comment la séparation fine des liquides révolutionne la purification
La question des boues pèse aussi. Leur épandage sur des terres agricoles a commencé à la fin des années 1990 et le dernier remonte à juillet 2025, selon l’entreprise. Une étude d’impact environnemental est prévue sur le site et alentour dans un délai de 12 à 14 mois. Des analyses d’œufs prélevés à Arthon ont par ailleurs relevé du PFOS au-dessus du seuil de commercialisation, sans qu’un lien de cause à effet avec l’usine ait été établi à ce stade.
Le charbon actif peut-il suffire ? #
La solution testée est la plus répandue pour les PFAS en phase aqueuse. Un filtre de Jacobi, entreprise basée à Vierzon, devait arriver sur le site le jeudi 8 octobre, pour un essai de deux mois. ICI Berry le résume ainsi : la même technologie que celle des carafes filtrantes, à l’échelle industrielle.
Ce que l’essai doit mesurer
Le charbon actif en grains retient bien les PFAS à chaîne longue, comme le PFOS et le PFOA. Il est moins efficace sur les molécules à chaîne courte, plus mobiles, qui saturent le média plus vite. Sur un effluent industriel, la matière organique résiduelle entre aussi en concurrence avec les PFAS pour les sites d’adsorption.
Deux mois d’essai servent donc surtout à mesurer la vitesse de percée : au bout de combien de mètres cubes traités le filtre laisse-t-il repasser des PFAS au-dessus du seuil ? C’est ce chiffre qui fixe la fréquence de renouvellement du charbon, donc le coût d’exploitation réel du traitement.
À lire Filtre autonettoyant : comment il révolutionne la purification de l’eau
Les autres briques possibles
Si le charbon seul ne permet pas de descendre sous 4,4 ng/L, les industriels associent généralement plusieurs étapes : prétraitement pour retirer les matières en suspension, résines échangeuses d’ions plus sélectives sur les chaînes courtes, ou filtration membranaire (nanofiltration, osmose inverse). Les membranes produisent cependant un concentré qu’il faut ensuite détruire ou éliminer, ce qui déplace le problème plus qu’il ne le résout.
Le charbon saturé pose la même question de fin de vie : il doit être régénéré à haute température ou éliminé dans une filière adaptée, sans quoi les PFAS retirés de l’eau finissent ailleurs.
Un cas d’école pour la trajectoire 2030 #
Le dossier d’Arthon s’inscrit dans un cadre national plus large. La loi du 27 février 2025 sur les PFAS a fixé l’objectif de tendre vers la fin des rejets aqueux industriels de ces substances. Comme le détaille Weblex, le décret n° 2025-958 du 8 septembre 2025 prévoit, par rapport aux émissions de 2023, une baisse intermédiaire de 70 % au 27 février 2028 et la fin des rejets pour le 27 février 2030.
Pour les exploitants de stations d’épuration industrielles, l’enseignement est clair : arrêter d’utiliser une molécule ne suffit pas à la faire disparaître des rejets. Il faut caractériser le stock présent dans les ouvrages, choisir un traitement de finition et prévoir la gestion des médias saturés. Les résultats de l’essai mené à Arthon, attendus d’ici décembre, diront si une filtration sur charbon actif permet à elle seule de reprendre les rejets dans la Bouzanne.
À lire Osmose inverse industrielle : comment produire une eau très pure efficacement




