Une membrane de filtration usée n’est pas forcément bonne à jeter. C’est le pari de Chemdoc Water Technologies, une entreprise de Clermont-l’Hérault spécialisée dans la purification de l’eau et la valorisation de l’eau recyclée. Comme le rapporte Midi Libre le 23 octobre, la société prépare une nouvelle activité de reconditionnement et de transformation des filtres membranaires.
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La membrane, pièce maîtresse de la réutilisation de l’eau #
Dans les procédés de traitement modernes, la membrane joue un rôle central. « C’est une brique technologique, un peu magique puisqu’elle sépare l’eau de ce qui peut se trouver dedans, en général des polluants », résume Salvador Pérez, directeur général de Chemdoc, cité par le quotidien.
Le marché est loin d’être marginal. Selon le dirigeant, la production mondiale représente 4 à 5 millions de pièces par an, pour une durée de vie de 3 à 5 ans dans le cas d’une membrane d’osmose inverse. Et les ventes progressent d’environ 15 % chaque année, toujours d’après ses chiffres rapportés par Midi Libre. Autant de membranes qui finissent un jour par être remplacées.
Or beaucoup sont changées alors qu’elles fonctionnent encore, pour respecter les cahiers des charges de qualité des clients. « C’était toujours un crève-cœur de les jeter quand on sait ce que cela coûte », explique Salvador Pérez.
Deux pistes : reconditionner et transformer #
Le reconditionnement, déjà en service
La première voie est la plus simple. Les membranes encore réutilisables sont nettoyées, désinfectées puis conservées jusqu’à ce qu’elles puissent être réinstallées dans un système. Cette étape est déjà opérationnelle chez Chemdoc, dans le cadre des contrats de maintenance et sur sa flotte d’unités mobiles.
La transformation, objet d’un programme de recherche
La seconde voie est plus ambitieuse. L’idée est née d’un incident : un client avait appliqué un protocole de nettoyage inadapté sur des membranes louées, qui ne répondaient plus à ses besoins très spécifiques mais fonctionnaient encore pour d’autres usages.
Chemdoc a donc lancé un programme de recherche sur quatre ans, en partenariat avec l’Ensa de Toulouse et l’Institut Européen des Membranes de Montpellier. Le principe : partir de membranes d’osmose inverse usagées, qui retiennent presque tout, et les modifier par abrasion chimique pour changer leur sélectivité, c’est-à-dire la taille des pores. Elles basculent alors vers la nanofiltration ou l’ultrafiltration.
Pourquoi viser la nanofiltration #
Le choix n’a rien d’anodin. La nanofiltration offre, selon le dirigeant, « un très bon rendement sur les nouveaux sujets : micropolluants, virus, PFAS ». Problème, « il y a aujourd’hui un déficit très important de membranes adaptées » et, lorsqu’elles existent, « elles coûtent une fortune ».
À l’inverse, les membranes d’osmose inverse relèvent d’un marché de masse, porté par la purification de l’eau industrielle et le dessalement. Elles sont plus fines mais moins chères. Transformer ces membranes usées en membranes de nanofiltration permettrait donc de répondre à une demande en forte croissance, tout en réduisant les déchets.
Un enjeu industriel autant qu’environnemental #
Pour les industriels, la réutilisation des eaux usées traitées, le « reuse », devient un sujet stratégique. Elle suppose des chaînes de traitement fiables, où la membrane est souvent l’étape décisive. Allonger la durée de vie de ces équipements, ou leur trouver un second usage, peut peser à la fois sur le coût d’exploitation et sur le bilan environnemental d’une installation.
Chemdoc travaille aussi sur les PFAS. En mars 2026, l’entreprise a été finaliste d’un concours d’innovation au CFIA de Rennes, le salon des fournisseurs de l’industrie alimentaire. Elle y présentait « PFAS capture », une solution qui purifie l’eau en concentrant les PFAS dans un petit volume, avant leur destruction à très haute température. Ce procédé reste pour l’instant réservé à l’agroalimentaire, précise Midi Libre.
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Ce qu’il faudra suivre
Plusieurs questions restent ouvertes. Les membranes transformées devront démontrer des performances stables dans la durée, et leur usage devra rester compatible avec les exigences de chaque filière, en particulier pour l’eau destinée à la consommation humaine. Le programme de recherche sur quatre ans doit justement établir jusqu’où cette seconde vie est possible.
Pour en savoir plus sur les procédés de l’entreprise, la présentation de Chemdoc Water Technologies détaille ses équipements de purification et de recyclage de l’eau. Une piste à suivre de près, alors que la demande en filtration fine ne cesse de grimper sous l’effet des nouvelles normes sur les micropolluants.




