Cahors ouvre les vannes de son unité d’ultrafiltration pour en finir avec l’eau trouble

À Cahors, les orages ne devraient plus rimer avec distribution de bouteilles d’eau. Le Grand Cahors a ouvert la semaine dernière les vannes de sa nouvelle unité d’ultrafiltration, bâtie sur le plateau du Pech d’Angély, juste au-dessus de la Fontaine des Chartreux. Comme le rapporte La Dépêche du Midi le 23 octobre, l’installation peut traiter 23 000 m³ d’eau par jour. Elle sécurise une ressource qui alimente environ un quart des habitants du Lot.

Une source abondante, mais vulnérable à la turbidité #

La Fontaine des Chartreux offre un débit généreux, que La Dépêche l’évalue à 4 m³ par seconde. Son point faible est bien connu des Cadurciens. Lors des pluies intenses, l’eau se charge de particules en suspension, la turbidité grimpe, et le risque bactériologique devient trop élevé pour la consommation. Jusqu’ici, ces épisodes se soldaient par des restrictions d’usage et la distribution d’eau en bouteille.

L’État avait prescrit une modification de la filière de traitement pour respecter les exigences réglementaires de qualité des eaux destinées à la consommation humaine. C’est ce que rappelle le dossier de presse publié par le Grand Cahors lors de la visite de chantier de novembre 2025. Le projet remonte à 2019, quand la Ville de Cahors, alors compétente, a délibéré en faveur d’une unité de filtration de l’eau (UFE). Les autorisations ont été obtenues en 2021, les entreprises recrutées en 2022 et la première pierre posée le 8 octobre 2024.

À lire Saint-Jean-de-Luz bascule ses eaux usées vers la future station d’épuration de Chibau

Des membranes au centième de micron #

Le cœur de l’usine repose sur l’ultrafiltration membranaire. L’eau brute est injectée sous pression dans des modules et traverse des membranes poreuses. Selon le dossier de presse de l’agglomération, chaque pore mesure environ 0,01 micron, soit « 8 000 fois plus fin qu’un cheveu ». Toutes les particules plus grosses que cette maille sont retenues. Cela couvre les matières qui font la turbidité, mais aussi les parasites, les bactéries et une grande partie des virus et des colloïdes.

L’intérêt de cette technologie, pour une ressource comme celle des Chartreux, tient à son caractère de barrière physique. Une filtration classique sur sable voit ses performances varier avec la charge en particules. La membrane, elle, offre une coupure stable, que l’eau arrive limpide ou boueuse. Le Grand Cahors met aussi en avant un procédé conduit à température ambiante et sans ajout de réactif à l’étape de filtration. Selon La Dépêche, l’eau filtrée rejoint directement deux réservoirs de 1 000 m³.

Et les eaux de lavage ?

Une unité membranaire produit aussi des concentrats et des eaux de rétrolavage, qui servent à décolmater régulièrement les modules. À Cahors, ces eaux chargées sont envoyées vers la station d’épuration du site avant d’être rejetées dans le Lot, précise le quotidien régional. Le site est clôturé, placé sous alarme et sous vidéosurveillance, et chaque trappe d’accès à l’eau potable est cadenassée.

Un chantier technique à flanc de falaise #

Construire une usine au-dessus d’une source millénaire n’avait rien d’évident. Le dossier de presse liste les contraintes : l’exiguïté de la station de pompage de Cabazat 2, une faible emprise autour de la vasque des Chartreux, des risques d’inondation et de chutes de pierres. Surtout, il fallait maintenir l’alimentation en eau tout au long des travaux. Une partie des canalisations a été posée par hélicoptère, à flanc de falaise, pour relier la source à l’unité de filtration puis aux réservoirs.

À lire PFAS dans un puits de l’Ain : trois traitements testés pour dépolluer l’eau à Guéreins

Le marché a été remporté par un groupement mené par OTV, avec le cabinet Montal Mestiri architectes, retenu pour la simplicité des volumes et l’intégration du bâtiment dans le paysage du plateau. L’objectif fixé au cahier des charges était une production de 1 154 m³ d’eau traitée par heure.

Un budget revu légèrement à la baisse #

En novembre 2025, le dossier de presse chiffrait l’opération à 20,48 millions d’euros HT. Elle était financée à 67 % par l’Agence de l’eau Adour-Garonne, le syndicat d’eau potable du Quercy Blanc et le Département du Lot. Lors de l’ouverture des vannes, La Dépêche fait état d’un montant engagé de 19,16 millions d’euros, « un peu moins que l’enveloppe initiale prévue ». Il reste 5,7 millions d’euros à la charge de l’agglomération. Le maire et président du Grand Cahors, Vivien Coste, y voit « un investissement tout à fait soutenable ».

Sur le plan énergétique, 338 panneaux photovoltaïques installés sur la toiture doivent entrer en service l’an prochain. Ils couvriront environ 8 % de la consommation de l’usine.

Une montée en charge jusqu’en décembre #

L’ouverture des vannes ne signifie pas que tout le réseau est déjà basculé. Les services du Grand Cahors indiquent que le déploiement de l’alimentation vers l’ensemble des secteurs desservis se poursuivra progressivement jusqu’en décembre. L’inauguration officielle est donc repoussée au début de 2027. Les anciennes canalisations seront retirées et les dernières jonctions réalisées dans la foulée.

À lire Eau potable : le SEDIF obtient le feu vert environnemental pour moderniser l’usine de Neuilly-sur-Marne

Pour les acteurs de l’eau présents, le projet dépasse le cas cadurcien. La directrice de l’Agence de l’eau Adour-Garonne, Élodie Galko, a évoqué un été qui a « percuté nos territoires » et une unité qui « permet une forte solidarité locale ». Le représentant du Département, Vincent Bouillaguet, a quant à lui appelé les collectivités à s’accorder rapidement sur la gestion de la ressource.

Ce que le cas de Cahors dit de la filtration membranaire #

Le choix de Cahors illustre une tendance de fond. Les membranes, longtemps réservées aux grosses usines ou aux eaux industrielles, s’imposent pour les collectivités moyennes dont la ressource souffre de pics de turbidité, notamment en milieu karstique. L’ultrafiltration y apporte une garantie sanitaire que les filières classiques peinent à tenir lors des épisodes extrêmes, de plus en plus fréquents.

Elle a ses limites : à 0,01 micron, elle ne retient pas les molécules dissoutes comme les pesticides ou les PFAS, qui demandent du charbon actif, de la nanofiltration ou de l’osmose inverse. Pour une source dont le problème principal est la turbidité, c’est pourtant la réponse la plus directe. Le vrai test viendra avec les premiers gros orages de l’hiver, quand l’eau de la Fontaine des Chartreux redeviendra trouble.

Industrie Filtration est édité de façon indépendante. Soutenez la rédaction en nous ajoutant dans vos favoris sur Google Actualités :

Dans la même rubrique : Traitement de l'eau

Selection : audit SEO gratuit • expert SEO freelance