Au pied du pont de Belleville-sur-Saône, côté Ain, la station de pompage de Guéreins sert depuis l’été de banc d’essai. Des colonnes de filtration y traitent l’eau d’un puits de captage où des PFAS, les « polluants éternels », ont été détectés au printemps 2025. Le puits a été écarté du réseau d’eau potable. Depuis juillet, l’eau qu’on y pompe passe dans plusieurs filières de traitement montées en parallèle, pour voir laquelle convient le mieux à ce cas précis, rapporte Le Progrès ce 30 octobre.
Sur place, Fabrice Micoud, responsable de production et de maintenance, en veste aux couleurs de Suez, surveille le dispositif expérimental. En 2025, le syndicat des eaux Bresse Dombes avait été confronté à des concentrations de PFAS légèrement supérieures à la limite fixée par l’Europe. Sur ce chantier, l’enjeu n’est pas de désinfecter l’eau mais de la filtrer finement.
Plan de l'article
Une limite de 0,1 µg/L qui s’applique depuis le 1er janvier 2026 #
Depuis le 1er janvier 2026, le contrôle sanitaire de l’eau du robinet recherche 20 PFAS, conformément à la directive européenne sur l’eau potable. L’eau distribuée doit respecter une valeur réglementaire de 0,1 µg/L pour la somme de ces 20 substances, rappelle l’ARS Hauts-de-France. Cette règle vaut sur tout le territoire. Un captage qui la dépasse de peu reste hors conformité : il faut alors le diluer avec une autre ressource, l’arrêter ou le traiter.
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Le syndicat a commencé par la solution la plus simple : retirer le puits du réseau. Mais un captage arrêté, c’est une ressource en moins pour le réseau. Il faut donc savoir quel traitement poser et ce qu’il coûtera à l’exploitation. C’est l’objet de l’essai.
Charbon actif contre résine : deux logiques de filtration #
À Guéreins, les colonnes contiennent notamment du charbon actif et une résine synthétique. Ces deux grandes familles sont aujourd’hui les plus utilisées contre les PFAS dans l’eau potable, et elles ne travaillent pas de la même façon.
Le charbon actif en grains
Le charbon actif retient les molécules par adsorption : les PFAS se fixent dans le réseau de pores du grain. Les exploitants connaissent bien ce média, déjà utilisé contre les pesticides et les goûts et odeurs. En revanche, il retient mieux les PFAS à chaîne longue que les plus courts, qui le traversent plus vite. Quand le charbon est saturé, il faut le remplacer ou l’envoyer en réactivation thermique. C’est la fréquence de ce renouvellement qui pèse sur le coût d’exploitation.
Les résines échangeuses d’ions
Les résines synthétiques captent les PFAS, qui portent une charge électrique, par échange d’ions. Sur certaines molécules courtes, elles sont souvent plus sélectives que le charbon et occupent moins de volume. Elles coûtent plus cher, et la gestion de la résine usée doit être prévue dès le départ, car elle concentre les polluants retirés de l’eau.
Le troisième traitement testé n’est pas décrit dans la partie de l’article accessible sans abonnement. Le principe reste le même : faire passer la même eau dans plusieurs filières, dans les mêmes conditions et sur plusieurs mois, pour comparer leur efficacité dans la durée. « On expérimente et on verra quelle filière est la mieux adaptée », explique un intervenant cité par Le Progrès.
Pourquoi un pilote plutôt qu’un catalogue #
On pourrait croire qu’il suffit de choisir un filtre sur catalogue. Chaque eau a pourtant sa signature. Le mélange de PFAS présent, la matière organique dissoute, la dureté, la température ou la présence d’autres micropolluants changent la vitesse à laquelle un média se sature. Un charbon qui tient un an sur une eau peut s’épuiser en quelques mois sur une autre. Un pilote mesure cette « percée » : le moment où les molécules commencent à ressortir en sortie de colonne.
Pour un syndicat, cette donnée décide de tout. Elle fixe le volume de média à installer, la fréquence des remplacements et le budget annuel. Elle indique aussi les molécules à suivre en priorité en sortie de traitement. Un essai de quelques mois coûte peu face à une usine mal dimensionnée pour vingt ans.
Ce que les industriels peuvent en retenir #
Le cas de Guéreins concerne l’eau potable, mais il intéresse aussi les sites industriels qui pompent dans la nappe ou rejettent des eaux chargées en PFAS. Les mêmes technologies servent au traitement des eaux de process et des effluents, avec le même arbitrage entre efficacité sur les chaînes courtes, coût du média et devenir des déchets saturés. Le sujet a déjà été abordé ici avec l’essai de charbon actif mené sur les rejets d’un site textile dans l’Indre.
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La méthode compte autant que la technologie. Il faut caractériser précisément l’eau, tester plusieurs médias en parallèle sur une durée suffisante et chiffrer le coût complet, élimination des médias usés comprise. Sinon, on choisit un équipement sur la foi d’une fiche technique.
Questions fréquentes #
L’eau du robinet de Guéreins est-elle concernée ?
Le puits où les PFAS ont été détectés a été écarté du réseau d’eau potable. L’eau qu’il fournit sert aujourd’hui uniquement à l’expérimentation des traitements.
Quelle est la limite réglementaire pour les PFAS dans l’eau potable ?
Depuis le 1er janvier 2026, l’eau distribuée doit respecter 0,1 µg/L pour la somme de 20 PFAS recherchés dans le contrôle sanitaire.
Un filtre domestique suffit-il contre les PFAS ?
Les performances varient beaucoup d’un appareil à l’autre et selon les molécules. Pour connaître la qualité de l’eau de sa commune, le plus fiable est de consulter les résultats du contrôle sanitaire publiés par les ARS.
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