C’est l’un des chantiers d’assainissement les plus ambitieux du moment sur la côte basque. À partir du lundi 2 novembre, la Communauté d’agglomération Pays basque (CAPB) engage à Saint-Jean-de-Luz la refonte complète de l’acheminement de ses eaux usées : plus de quatre kilomètres de réseaux souterrains seront créés ou réhabilités d’ici décembre 2027, pour rediriger les effluents vers la future station d’épuration de Chibau, en construction à l’entrée nord de la ville. Un investissement de 12,6 millions d’euros hors taxes.
Plan de l'article
Basculer tout un réseau d’une station à l’autre #
Aujourd’hui, les eaux usées luziennes convergent vers la station d’épuration d’Archilua. Un site dépassé « à plus d’un titre depuis de nombreuses années », rapporte Sud Ouest, au point que l’État a mis l’agglomération en demeure de mettre en service son nouvel équipement sans plus attendre. Le calendrier est donc contraint : la CAPB s’est engagée à achever le basculement d’ici la fin de l’année 2027.
Le tracé du futur réseau traverse plusieurs quartiers du front de mer, détaille la mairie de Saint-Jean-de-Luz : du poste de relevage des Flots bleus, boulevard Thiers, vers le quartier du Lac (rues Pellot et Paul Gelos), le secteur pavillonnaire d’Aice Errota, Erromardie-Etchebiague et enfin Chibau. Plusieurs secteurs seront traités en parallèle pour tenir les délais.
À lire PFAS dans un puits de l’Ain : trois traitements testés pour dépolluer l’eau à Guéreins
Phase 1 : le verrou des Flots bleus
La première phase, programmée du 2 novembre 2026 à fin avril 2027, se concentre sur le boulevard Adolphe Thiers, autour du poste de relevage des Flots bleus et du bassin situé sous la chaussée du parking attenant. Ce poste de refoulement est stratégique : directement connecté à la baie, il sera agrandi d’une vingtaine de mètres carrés, ses pompes et machineries modernisées. À partir du 23 novembre et jusqu’à la fin de l’année, le chantier se déploiera également avenue Pellot, entre le boulevard Thiers et la rue Vauban.
Pendant les travaux, circulation et stationnement des véhicules seront interdits sur les tronçons concernés, mais l’accès des riverains à leur domicile et le cheminement piéton seront maintenus, avec des déviations balisées. Un courrier d’information est distribué aux habitants concernés.
Séparer eaux usées et eaux de pluie : l’autre chantier décisif #
Parallèlement au transfert vers Chibau, la CAPB lance dans le quartier du Lac une opération de mise en séparatif des réseaux. Jusqu’ici, les canalisations y étaient unitaires : eaux de pluie et eaux usées se mélangeaient dans un même tuyau, le tout filant vers la station d’épuration.
Ce schéma hérité a un défaut bien connu des exploitants : par très fortes précipitations, le réseau sature, et le trop-plein part en déversements directs en mer. En dissociant les deux flux, l’agglomération soulage sa future station — qui ne traitera plus des volumes d’eau pluviale inutiles — et améliore mécaniquement la qualité des eaux de baignade, enjeu majeur pour une commune littorale dont l’économie dépend largement de ses plages.
Un financement appuyé par l’Agence de l’eau
Les 12,6 millions d’euros hors taxes du chantier sont portés par la Communauté d’agglomération Pays basque, avec le soutien de l’Agence de l’eau Adour-Garonne. Sur le terrain, les responsables de chantier sont chargés de répondre directement aux questions des habitants pendant toute la durée des travaux.
Ce que ce chantier dit des réseaux français #
Le cas luzien illustre une équation que rencontrent de nombreuses collectivités littorales : des stations d’épuration historiques sous-dimensionnées, des réseaux unitaires vieillissants, et une pression réglementaire croissante — jusqu’à la mise en demeure — pour protéger les milieux récepteurs. La réponse passe rarement par la seule station neuve : c’est tout l’amont qui doit suivre.
Refaire quatre kilomètres de canalisations en zone urbaine dense, en maintenant le service et l’accès aux riverains, tout en coordonnant poste de relevage, bassin enterré et mise en séparatif, relève d’une ingénierie de précision. Le traitement de l’eau ne se joue pas seulement dans les bassins et les files de clarification : il commence sous la chaussée, dans la géométrie des flux. À Saint-Jean-de-Luz, c’est cette plomberie invisible qui conditionnera, fin 2027, la mise en service effective de la station de Chibau — et avec elle, la fin d’un système à bout de souffle.




