PFAS dans l’eau potable : le SEDIF engage sa filière membranaire, travaux à Choisy-le-Roi dès novembre

Le chantier le plus scruté de la filtration de l’eau potable française vient de franchir deux jalons coup sur coup. Le 2 octobre 2026, le Syndicat des eaux d’Île-de-France (SEDIF) a installé la première membrane renouvelée de l’usine de Méry-sur-Oise. Et ce mois de novembre doit marquer, sous réserve de l’autorisation environnementale, le démarrage des travaux de Choisy-le-Roi, la plus grosse des trois usines concernées. Objectif affiché : retenir pesticides et PFAS, ces « polluants éternels » qui résistent aux traitements conventionnels.

Un programme à 1,07 milliard d’euros pour trois usines #

Le programme du SEDIF, chiffré à 1,07 milliard d’euros, vise les trois grandes usines qui alimentent quatre millions de Franciliens, comme le détaille l’enquête publiée par La Clé publique. Méry-sur-Oise, dans le Val-d’Oise, fait figure de pionnière : elle pratique la nanofiltration depuis 1999, et ses huit files de membranes doivent être intégralement renouvelées avant fin 2027. Dès 2028, un premier secteur de son réseau pourra même tester la distribution d’une eau très peu chlorée, voire non chlorée.

Choisy-le-Roi, dans le Val-de-Marne, doit entrer en travaux en novembre 2026, et Neuilly-sur-Marne, en Seine-Saint-Denis, début 2027 — les deux sous réserve de l’autorisation environnementale. Les nouvelles filières de ces deux sites sont annoncées pleinement opérationnelles vers 2032. Le projet, baptisé « Vers une eau pure » par le syndicat, constitue le plus gros investissement jamais engagé par le SEDIF sur le traitement.

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Nanofiltration et osmose inverse basse pression à l’épreuve des PFAS #

Techniquement, le programme combine nanofiltration et osmose inverse basse pression, en complément des filières existantes. Deux démonstrateurs au 1/250e de la taille réelle tournent depuis 2025 à Choisy-le-Roi et Neuilly-sur-Marne, et leur eau n’est pas distribuée : elle sert aux analyses transmises à l’État pour l’instruction des autorisations, comme le rappelait ID L’Info Durable au lancement des pilotes.

Les premiers résultats, publiés en août 2026, donnent la mesure du défi : la nanofiltration réduit de 60 à 80 % le TFA, l’acide trifluoroacétique, ce PFAS à chaîne ultra-courte réputé le plus difficile à retenir. Pour l’ensemble des PFAS présents dans l’eau brute, le SEDIF annonce plus de 90 % de rétention avec l’osmose inverse — un chiffre qui reste à confirmer à l’échelle industrielle. Pour la filière filtration, c’est un cas d’école : aucun exploitant n’a encore déployé ces taux d’abattement sur des volumes de cette ampleur en Europe.

Le coût énergétique, variable clé du dimensionnement #

Le passage aux membranes a un prix énergétique, très différent selon les sites. À Méry-sur-Oise, où la nanofiltration existe déjà, le surcroît de consommation se limite à 0,06 kWh par mètre cube. À Choisy-le-Roi et Neuilly-sur-Marne, qui partent d’une filière conventionnelle, il grimpe à 0,45 kWh par mètre cube. Au total, l’ensemble représentera environ 100 GWh supplémentaires par an, au point que deux nouveaux raccordements souterrains en 225 000 volts doivent être créés pour alimenter les deux usines.

Côté usagers, le SEDIF évalue le supplément à 40 centimes par mètre cube à l’horizon 2032, soit environ 4 euros par mois pour une consommation de 10 mètres cubes. Le syndicat met en avant les économies permises par une eau moins calcaire — appareils ménagers, détartrants, adoucisseurs — dont le montant réel dépendra des usages de chaque foyer.

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Les rejets concentrés, angle mort du procédé #

Reste la question que toute la profession se pose : que deviennent les polluants une fois retenus ? La filtration membranaire produit une fraction concentrée, renvoyée au milieu naturel après un traitement qui vise notamment le phosphore, mais qui n’élimine pas significativement les micropolluants concentrés. À Méry-sur-Oise, trois campagnes de tests menées entre 2019 et 2023 sur des gammares, de petits crustacés sentinelles, n’ont pas montré d’effet toxique marqué des rejets actuels sur leur alimentation — des essais qui ne couvrent toutefois pas tous les effets possibles des futures installations, de plus grande capacité.

Un chantier de référence pour toute la filière #

Pour les industriels du traitement de l’eau, le calendrier francilien va servir d’étalon. Depuis janvier 2026, l’analyse de 20 PFAS est obligatoire dans l’eau potable en France, et nombre de collectivités regardent ce qui se joue en Île-de-France avant de dimensionner leurs propres investissements. Entre la membrane posée à Méry le 2 octobre, les travaux de Choisy attendus ce mois-ci et l’échéance de 2032, le SEDIF déroule la première démonstration en conditions réelles de ce que coûte — et de ce que retient — une filière membranaire généralisée. Les retours d’exploitation des prochains mois, en particulier sur le TFA et sur la gestion des concentrats, pèseront lourd dans les choix technologiques du reste du marché.

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