Station de la Pioline à Aix : les digesteurs rénovés relancent le biométhane issu des boues

À Aix-en-Provence, la station d’épuration de la Pioline ne se limite plus à traiter les eaux usées. Le jeudi 5 novembre 2026, la Régie des Eaux du Pays d’Aix a inauguré ses deux digesteurs et son gazostockeur rénovés, au bout de trois ans de travaux. Avec eux, l’unité qui transforme le biogaz des boues en biométhane, mise en service en 2022, peut enfin tourner à pleine capacité.

L’opération est intéressante parce qu’elle s’attaque à un point souvent oublié du traitement de l’eau : ce qui reste une fois l’eau épurée. Les boues d’épuration, longtemps traitées comme un déchet à évacuer, deviennent ici une source de gaz injecté dans le réseau local.

Des digesteurs comparés à « deux gros estomacs » #

Le principe est simple, même si sa mise en œuvre l’est moins. Les eaux usées des douches, éviers et toilettes arrivent à la station, où l’on sépare l’eau et la matière organique. Cette matière, concentrée sous forme de boues, part ensuite dans les digesteurs. Ces grandes cuves fermées, chauffées et brassées, accueillent une digestion biologique sans oxygène qui réduit le volume des boues et dégage du méthane.

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« Les digesteurs sont comme deux gros estomacs, qui réduisent le volume de la matière organique contenue dans les boues. Ils produisent alors du méthane », a expliqué François Laurent, directeur général de la Régie, cité par La Marseillaise. Le biogaz récupéré passe ensuite par une étape d’épuration qui retire le dioxyde de carbone et le sulfure d’hydrogène, avant injection dans le réseau GRDF.

Ce que le chantier a réellement changé

Les travaux ont commencé à l’été 2023 et la station a continué de fonctionner pendant tout le chantier. D’après le compte rendu de Maritima, les deux digesteurs, de 1 860 m³ et 1 680 m³, ont été entièrement repris : réfection intérieure, isolation thermique, étanchéité extérieure et nouveaux équipements de brassage des boues. Ce volet a coûté 2,44 millions d’euros, financé par la Régie avec une avance de 925 000 euros de l’Agence de l’eau.

Le gazostockeur, l’ouvrage qui régule l’envoi du biogaz vers l’unité d’épuration, a lui aussi été remis en état : nouvelle membrane et reprise des bétons supérieurs, pour 500 000 euros pris en charge en totalité par la Régie.

Pour un exploitant, ce type de rénovation compte autant que la création d’un équipement neuf. Un digesteur mal isolé ou mal brassé digère moins bien et produit donc moins de gaz. Une membrane de stockage en fin de vie pose aussi un problème de sécurité. Sans ces remises à niveau, l’unité de valorisation inaugurée en 2022 ne pouvait pas donner tout son potentiel.

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Jusqu’à 700 000 Nm³ de biométhane par an #

Selon les chiffres de la Régie relayés par Maritima, l’installation doit produire jusqu’à 700 000 normo-mètres cubes de biométhane par an, soit l’équivalent de la consommation d’environ 850 foyers aixois. La vente de ce gaz doit rapporter 700 000 euros par an à la Régie, contre 500 000 euros prévus en 2022. L’organisme compte ainsi amortir ses investissements en cinq à six ans.

L’unité de valorisation elle-même avait coûté 2,7 millions d’euros à sa mise en service. Comme le rappelait Gomet’ lors de son inauguration, elle avait été cofinancée par l’Agence de l’eau, la Région Sud et l’Ademe, et son coût restait modéré parce que les digesteurs existaient déjà sur le site. Avant 2022, la station produisait déjà du biogaz, mais s’en servait surtout pour chauffer les boues et en réduire le volume.

Une filière encore rare dans le Sud-Est

La méthanisation des boues de station d’épuration reste peu répandue dans la région. Maritima cite la base SINOE, qui recensait au 1er janvier 2025 1 730 sites de méthanisation en France, dont seulement 23 en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Selon GRDF Sud-Est, une demi-douzaine d’unités de la région seulement reposent sur des stations d’épuration, parmi lesquelles Marseille, Cagnes-sur-Mer, Fréjus et Avignon. La Pioline devient la deuxième unité de méthanisation sur station d’épuration des Bouches-du-Rhône en capacité de production.

François Laurent ne cache pas les limites du modèle. Ce type de dispositif « nécessite de gros investissements et dépend des contraintes techniques », rappelle-t-il dans La Marseillaise. Toutes les stations n’ont ni la taille ni les équipements qui rendent l’opération rentable.

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La filière eau, elle aussi, en cours de modernisation #

Le biométhane n’est qu’une partie du chantier. Depuis 2025, la Régie modernise aussi le cœur de la station : le traitement biologique et le traitement tertiaire, avec le bassin d’aération, le clarificateur et le traitement du phosphore. Les secondes tranches de ces travaux sont prévues entre fin 2026 et 2027, selon Maritima.

Cette chronologie montre bien comment fonctionne une station d’épuration moderne. La qualité de l’eau rejetée dépend d’abord des étapes biologiques et de clarification, mais une filière de boues performante allège la facture énergétique. L’eau sortante et les boues forment donc un seul système, où chaque étape conditionne la suivante.

Ce qu’il faut retenir pour les gestionnaires d’installations

Pour les collectivités et les industriels qui exploitent leur propre traitement des effluents, la Pioline montre qu’une installation existante peut servir de base à un projet de valorisation. Les digesteurs étaient déjà là, et c’est leur remise à niveau qui libère aujourd’hui la production.

Elle rappelle aussi que l’entretien des ouvrages anciens, souvent repoussé faute de visibilité, est la condition pour tenir les rendements annoncés. Patrick Ardizzoni, président du conseil d’administration de la Régie, y voit la preuve que « les services publics de l’eau et de l’assainissement peuvent être pleinement acteurs de la transition énergétique ». Les prochaines tranches de travaux sur la filière eau diront si la station tient le même rythme sur la qualité de ses rejets.

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